12h55  Terrasse  Sanson "Vancouver"

 
Il a suffit qu'il descende la rue dans son cabriolet bleu et qu'ils échangent un signe de la main faussement désinvolte pour qu'une délicieuse chaleur me parcoure tout le corps. Son super héros, celui auquel elle pense seule dans son lit le soir entre ses draps roses comme dirait Berger, qui a besoin d'une décapotable à 40 ans, c'est une révélation.

 Je n'ai pas pu me retenir de tacler la belle. Alors qu'elle expliquait un peu gêné qu'il lui avait reproché de ne pas l'avoir salué alors qu'elle était arrêté derrière lui à un feu, je lui ai dit avec toute la bonhomie dont je suis capable : "ce n'est pourtant pas faute d'avoir une voiture voyante".  Si j'avais voulu aller au clash j'aurais ajouté "mais tu ne m'avais jamais dit qu'il avait un problème avec sa bite ? " Jamais loin, ma culture prolo me soufflait la réplique de l'inspecteur Leroux à Mme Duvernay dans Circulez y'a rien à voir :

 "Un mec qui descend quand on le klaxonne" ça ne me fait pas peur".

 C'est vrai que tout à coup il manquait singulièrement de consistance son bel homme, et c'était un peu comme s'il était le premier domino du domino day et que sa chute allait entrainer celle de tous les autres.

Cette bagnole tellement pathétique m'a regonflé d'orgueil et d'autosuffisance. Puisque la belle est sous le charme de ces types en plastique je comprends qu'elle ne m'apprécie pas plus que ça. Évidemment on ne joue pas dans la même catégorie, la preuve je roule en vélo ! Je pense même que les femmes auxquelles je plais (celles qui me demandent non numéro de carte bleue au téléphone, je ne les compte pas dans la liste) ne sont pas les mêmes que celles qui fondent pour les hommes  qui mettent leur virilité dans leur moteur.

En continuant à dérouler le fil ou à abattre les dominos on est forcé de se confronter à l'allitération et à l'image que j'avais d'elle. L'image était un peu construite par ce que je savais  d'elle et beaucoup par mes fantasmes.  Son goût plus qu'inattendu pour les mauvais clones de Jean Alési bouleverse la donne.  Celle que j'imaginais ne pouvait avoir qu'une vague condescendance pour les propriétaires de voitures de sport. Ce côté Bimbo femme de joueur de foot l'éclaire d'une lumière nouvelle. C'est un peu comme si je venais de mettre la main sur une pièce du puzzle qui me manquait depuis le début. Fiat Lux! Si ma belle s'enthousiasme pour les types aussi voyants je comprends mieux pourquoi je ne truste pas le haut de ses charts.

Ce qui gâche un peu mon autosatisfaction c'est que le dernier domino à culbuter, celui qui est en fin de chaine c'est moi. Car si je me suis laissé cueillir par une nana qui met son réveil le dimanche matin pour regarder auto-moto c'est que j'ai pour le moins un problème de discernement. D'abord il ne faudrait pas tomber dans la caricature, l'allitération est une femme brillante et intelligente dont l'esprit est une mécanique fascinante en mouvement perpétuel. Ceci précisé bien sur que je l'ai passée à Photoshop, j'ai un peu modifié les lignes, j'ai adouci les courbes. C'est le prix à payer pour pouvoir tricher un peu, pour s'offrir un tour de manège,  jusqu'à ce qu'un cabriolet descende la rue…

LET IT BE